De Robert Combas à Budy Di Rosa, la Figuration libre est à l’affiche du Petit Pont des Arts du galeriste Eric Galea. A L’Isle-sur-la Sorgue, il y a désormais une vie au-delà de l’antiquité-brocante.
Même si partout en France et dans le Monde l’Isle-sur-la Sorgue est synonyme d’antiquité-brocante, l’art contemporain y trouve aussi droit de cité. Pour certains, il s’agit même d’une alternative passionnante et passionnée en forme de passeport pour un avenir économique gravement compromis par la crise qui frappe non seulement la France mais aussi et surtout les Etats-Unis d’où sont issus les plus gros bataillons d’acheteurs. Après la tentative réussie mais écourtée – pour cause de transfert vers Marseille, de la Tour des Cardinaux, qui révéla notamment l’incroyable Nobel Gao Xingjian, peintre aussi important que grand écrivain, il y a eut une dérive de nombreux professionnels vers la déco puis la peinture. Mais sans réelle démarche esthétique et critique. Et donc sans portée autre que symbolique aux yeux des collectionneurs et des amateurs d’art contemporain.
Lorsqu’il choisit de s’installer à L’Isle-sur-la Sorgue il y a quatre ans, Eric Galea est conscient du problème. Mais il croit aux atouts de la cité de René Char. Et il élabore une démarche culturelle originale en axant sa démarche de galeriste sur la Figuration libre, le mouvement étrangement théorisé par Ben Vautier en 1979 et illustré notoirement par Robert Combas et les frères Di Rosa. « Après plusieurs années passées à New York et à Londres, je voulais absolument me retrouver dans un projet à la fois artistique et commercial, explique Eric Galea. Avec dans l’esprit la volonté de partager des émotions esthétiques autour d’un mouvement et d’artistes dont j’apprécie la vraie liberté de ton, la poésie lumineuse et le caractère rebelle. Restait à trouver le lieu d’ancrage pour le projet de nouvelle galerie. Après plusieurs mois de balade et de réflexion, j’ai décidé que ce serait l’Isle-sur-la Sorgue. Un choix qui a effaré mes amis. Pour eux, l’Isle-sur-la Sorgue c’était la brocante un point c’est tout. Vouloir y faire commerce d’art contemporain c’était une folie… En fait l’histoire et surtout la crise m’ont donné raison. Il n’y a pas de fatalité de l’antiquité-brocante ici. Au contraire, affirme l’artiste. L’amateur d’antiquité et de brocante peut très bien aussi se passionner pour la peinture ou la sculpture. A commencer par les décorateurs et les fans de design. Et puis à l’Isle-sur-la Sorgue il y a un potentiel de public incroyable. Des centaines de milliers de personnes y passent chaque année quelques heures ou quelques jours. Globalement, ce sont des gens sensibles à l’art. Leur proposer de l’art contemporain me semble une démarche parfaitement cohérente. »
Au numéro 7 de la rue des quatre otages, entre deux voisins antiquaires, Eric Galea propose ainsi au public des œuvres signées de grands noms de la Figuration libre tels Robert Combas ou Budy Di Rosa, mais aussi de jeunes créateurs en devenir découverts lors de Foires d’art en Grande Bretagne, aux Etats Unis ou en France. « Je suis présent régulièrement dans les grandes foires d’art contemporain. Londres, New York, Genève ou même Lille ou Nimes sont des lieux formidables pour rencontrer des collectionneurs internationaux et leur parler de l’Isle-sur-la Sorgue. Et on y croise souvent de jeunes créateurs en quête de leur première galerie. Aujourd’hui j’expose ainsi le peintre Olivier Vincent et le plasticien Cédric Bouteiller. Deux talents neufs en qui je crois beaucoup. L’un et l’autre proposent une vision singulière qui commence à toucher le public. » Autre projet fou à l’actif de notre galeriste, l’installation d’un grand carré dédié à l’art contemporain dans le cadre de la traditionnelle foire aux antiquaires du mois d’aout. Une quinzaine de galeries ont déjà donné leur accord. « Je crois tellement au potentiel de développement de l’art contemporain à l’Isle-sur-la Sorgue que j’en ai parlé autour de moi. A mes amis antiquaires, naturellement, mais aussi à la municipalité et aux organisateurs du traditionnel salon des antiquaires. Tout le monde a été enthousiaste. Et on m’a proposé d’animer un Espace Art Contemporain où des galeries pourraient venir proposer les créations des artistes qu’elles défendent. L’espace est déjà plein. Les amis et collègues galeristes ont répondu présents. Je crois que le public du Salon va être surpris. ».
Enquête Salvatore Lombardo
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